Parentalité bienveillante : l’art de mêler cadre et sécurité émotionnelle
Devenir parent, c’est souvent se questionner sur la conduite à tenir. Comme des équilibristes, on tâtonne entre amour, fatigue et culpabilité. Notre rôle est d’être un guide : poser un cadre, avec des règles de vie, tout en garantissant la sécurité émotionnelle et affective de nos enfants. La parentalité bienveillante, souvent décriée, n’est pourtant pas une éducation permissive où l’on laisse tout passer. C’est se mettre à la bonne hauteur pour changer de perspective.
Qu’est-ce que la parentalité bienveillante ?
La parentalité bienveillante, c’est avant tout se mettre à la hauteur de l’enfant et comprendre son fonctionnement. Grâce aux neurosciences, on comprend mieux le développement du cerveau et on sort du prisme “tout adulte”. Cette vision, souvent associée à l’éducation positive, s’appuie notamment sur la théorie de l’attachement, et sur des approches issues de la psychologie humaniste et positive. Elle remet au premier plan les besoins de l’enfant, et donne une place centrale au lien d’attachement. Aujourd’hui, des textes de loi en France et dans de nombreux pays européens vont aussi dans le sens d’une éducation plus respectueuse de l’enfant.
Le parent est là en tant que repère : il pose des limites, en tenant compte des besoins réels, tout en nourrissant la relation avec empathie, affection et bienveillance. L’idée n’est pas d’être parfait, mais de construire un environnement qui aide l’enfant à grandir de façon plus saine, en évitant de reproduire des schémas souvent violents, physiquement ou verbalement.
Il existe d’ailleurs de nombreuses personnes qui parlent du sujet à travers des livres, podcasts, conférences ou contenus en ligne. Par exemple :
- Catherine Gueguen, via son travail autour des neurosciences (j’ai découvert Pour une enfance heureuse avant la naissance de ma fille).
- Isabelle Filliozat, psychothérapeute, dont les livres et contenus sont au cœur de cette thématique.
- Marion Cuerq, qui s’inspire de certains modèles nord-européens, plus proches du rythme de l’enfant (Une enfance en nORd remet en perspective notre relation parfois trop verticale).
- Fanny Vella, auteure de BD, qui inverse les rôles avec beaucoup de justesse dans Et si on changeait d’angle.
Et bien d’autres encore…
Au fond, il s’agit d’allier amour, empathie et fermeté, avec un cadre logique et des règles de vie adaptées aux capacités physiques et émotionnelles de l’enfant, pour l’aider à grandir avec plus de sécurité intérieure.
Appliquer un cadre sans laxisme au travers de l’éducation positive
L’éducation positive n’a pas toujours bonne presse, souvent par méconnaissance et à cause de certains raccourcis vus sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’amalgames sont faits avec une éducation “permissive”, où tout serait autorisé. Or, ce n’est pas le principe.
Pour qu’un enfant s’épanouisse, il a besoin de règles et de limites : pour sa sécurité, sa santé, le respect de soi et des autres. Mais il faut aussi intégrer une chose : on ne peut pas attendre d’un enfant ce qu’on attend d’un adulte. Il n’a pas les mêmes besoins, et il n’est pas encore en capacité de gérer ses émotions comme nous, ni d’appréhender certains dangers.
À nous, en tant qu’adultes, d’adapter notre posture. Nous sommes là pour aider, accompagner, soutenir — pas pour punir, menacer, frapper. Évidemment, on reste des humains : il y a la fatigue, les journées longues, les émotions fortes… et nos réactions ne seront pas toujours optimales. Mais quand on comprend mieux les mécanismes, c’est plus simple d’ajuster. Un exemple tout bête :
Quand nous allons faire les courses avec notre fille de 3 ans, elle se met parfois à courir partout dans les rayons. Le risque est simple : qu’elle disparaisse, ou qu’on la perde de vue. Donc je pose une règle claire :
“Tu ne cours pas loin de moi, je dois toujours pouvoir te voir.”
Sauf que, dans la réalité, juste dire une règle ne suffit pas toujours. On peut expliquer, argumenter, mais la notion du danger chez les tout-petits reste limitée. Et puis, il y a mille choses partout : c’est stimulant, c’est drôle, ça donne envie de bouger. Sans parler des horaires mal choisis, de la fatigue, des courses qui traînent… Là, je pourrais crier :
“Stop, maintenant tu vas dans le caddie et tu arrêtes ton cirque !”
Mais j’ai décidé d’opter pour le jeu :
“Vite, aide-moi à trouver les pâtes !”, “Cours jusqu’au caddie pour les mettre dedans !”
Et, très souvent, ça fonctionne.
Se mettre à hauteur d’enfant pour garantir la sécurité émotionnelle
Accueillir les émotions sans les nier
L’éducation bienveillante, comme on l’a évoqué, c’est savoir se positionner pour accompagner son enfant sur le chemin de la vie en comprenant mieux comment il fonctionne. C’est aussi se remettre en face de notre propre rapport aux émotions : accepter qu’elles sont saines, même quand on les juge “négatives”.
La colère, la frustration, la tristesse : ce sont des réactions humaines normales. Vouloir absolument les faire disparaître n’est pas une solution. Bien sûr que les débordements émotionnels sont durs à vivre pour nous : les pleurs, les cris répétés, surtout dans certaines phases de l’enfance, nous mettent à rude épreuve. Mais souvent, ce que ça réveille en nous, c’est cette vieille habitude :
“Arrête de pleurer.”
“Tu pleures pour rien.”
“Ça ne sert à rien de t’énerver.”
Sauf que les enfants ne sont pas des adultes miniatures. Et même entre adultes : si tu es triste ou en colère pour une raison qui te touche vraiment, et qu’on te dit “arrête, c’est rien”… est-ce que ça te fait arrêter ? En général, non. Ça ajoute juste une couche : incompréhension, solitude, ou culpabilité.
Aider un enfant à exprimer ce qu’il ressent, c’est lui offrir un vrai cadeau. L’aider à reconnaître ses émotions, à les remettre dans un contexte (fatigue, surstimulation, faim, besoin de réassurance, maladie…), c’est lui apprendre peu à peu à les apprivoiser. Ça lui montre qu’il peut exister tel qu’il est, qu’il est écouté, pris au sérieux. Et paradoxalement, c’est aussi comme ça qu’il apprend, au fil des années, à mieux se réguler.
Attachement, cadre et apprentissage de la régulation
L’humain est un être social : les liens d’attachement comptent, et le cocon familial devrait être un refuge où l’on peut exprimer ses émotions sans peur d’être humilié ou puni.
Ça ne veut pas dire tout accepter. On n’accepte pas les débordements violents, mais on ne renvoie pas la violence en retour. On pose une limite, on protège, on s’éloigne si nécessaire le temps qu’une crise passe, on cherche des stratégies. Parce que répondre par des cris ou des gestes, au fond, envoie un message étrange :
“Quand je suis plus fort, j’ai le droit.”
Et l’enfant risque de le reproduire : avec ses frères et sœurs, à l’école, plus tard dans ses relations.
De fait, l’éducation positive et bienveillante n’est pas la porte ouverte aux “enfants rois”, comme on l’entend parfois. C’est une manière de guider son enfant avec davantage de connaissances, d’empathie, et d’outils concrets. C’est poser des limites et un cadre dans le respect, avec de l’amour, de la tolérance, et aussi l’acceptation de nos propres défaillances : parce qu’on apprend, on ajuste, on progresse.
On ne naît pas parent, on le devient.
Pour rappel : En France, la loi du 10 juillet 2019 interdit toute forme de violence éducative ordinaire à l’encontre des enfants. Cela inclut les châtiments corporels (fessées, gifles, tapes…) ainsi que les violences psychologiques telles que l’humiliation, les menaces ou les dévalorisations.